Tribulations d'une Lyonnaise au Canada

Chroniques de salle d’attente (2)

Pendant nos 18 jours en salle d’attente de la réanimation chirurgicale, nous avons eu le temps d’en tisser des liens. Dans l’inquiétude, l’attente, l’angoisse, il y a eu aussi de beaux moments de partage. Notamment de pogne. Directement de Romans, la pogne s’il vous plait.

Pogne (duh)

La pogne de Romans, c’est juste parfait. Je suis probablement dans une ancienne vie née à Romans. Mon plat préféré, c’est les ravioles. La pogne n’est pas loin (après le Saint-Félicien -et le vrai bon beurre de cacahuètes, mais c’est mon classement canadien West Coast qui n’a rien à voir : Chips de kale, frites de patates douces, protéines shakes au lait de soja etc.).

Un jour, on est arrivées dans la salle d’attente devenue familière, et tous les sièges étaient pris par une grande famille de Tunisiens. Tout le monde s’était déplacé pour le premier jour de réanimation d’une dame. Ses enfants, les gendres, les belles-filles, le mari, les petits-enfants… On le sut plus tard, mais une opération dans une clinique de Romans avait mal tourné (enfin, ça ressemblait plutôt à une erreur médicale mais ils ne le découvrirent que bien plus tard à force d’harceler le personnel soignant de questions : Comment soudain, une femme en relativement bonne santé avait vu ses organes s’arrêter de fonctionner en quelques heures ? Toute la salle d’attente découvrit donc le pot-au-rose dans l’horreur).

Au fil des jours, de moins en moins de membres firent le déplacement, les plus proches faisant quand même le trajet Romans-Grenoble tous les jours. On a alors trouvé une autre dynamique dans la salle d’attente jaune.

Le papa skieur se réveillait, le nôtre pas. Alors on s’est retrouvées, ma mère, ma soeur, ma tante et moi à tisser de nouveaux liens, créer une autre histoire conversationnelle avec une autre famille, puisque nous, nous allions être là pour un long, long, moment.

La famille tunisienne commença à apporter toutes sortes de petits treats. Du thé à la menthe un jour, du café un autre, et puis à manger.
Ça a commencé un jour où j’étais seule dans la salle d’attente avec eux, j’avais déjà perdu 2 kilos en quelques jours et n’arrivais pas à manger à midi avant de venir au CHU. Et les voilà qui sortent des sacs avec d’énooooormes galettes maison. Comme je regardais avec les mêmes yeux qu’un enfant devant une vitrine de bonbons, l’un des fils (celui qui avait des bras de fou) surprenant mon regard m’en proposa une. MIAM.

Le lendemain, ce fut des biscuits tunisiens, le sur-lendemain une pogne maison avec explication de la recette à toute la salle d’attente. Au bout de quelques jours, j’ai aussi commencé à apporter du chocolat histoire de. ”Pour le moral et le magnésium” (encore que je suis pas trop sure de la teneur en magnésium du Toblerone…).

Et d’autres jours passèrent comme ça. Je n’avais plus de boule au ventre en partant à l’hôpital car je savais qu’il y aurait la famille de Romans, qui avait réussi l’improbable, rendre cette salle d’attente moche en lieu presque chaleureux et familial.

Et pi leur maman commença à aller mieux. De notre côté, mon père commençait à montrer des signes d’éveil (= entrouvrir les yeux tout ne regardant dans le vague). Et un jour, je suis arrivée la première dans la salle, et il n’y avait plus personne. Sur la table, une énorme boite de pâtissier de Romans. Un petit mot sur la boite. Et dedans, une pogne.

Quelle belle famille, vraiment….

La fille est passée en éclair remercier l’équipe avec des chocolats, m’a souhaité bon courage, sa maman ayant été transférée au 4eme étage (”on était dans un cocon ici, les infirmières étaient tellement gentilles. Là-haut, c’est pas pareil”).

Je me suis dit qu’un de ces 4, je monterais au 4ème les remercier de vive voix (La pogne, mais quelle TUERIE quoi). Et puis, un jour, on nous a dit que c’était fini, on ne pouvait plus venir. J’espère juste que leur maman aura eu le temps de quitter l’hôpital et rentrer auprès de sa famille tellement gentille. J’ai même pas eu le temps de dire merci pour la pogne au fils aux biceps et aux fossettes. Damn!

Je n’ai pas eu le temps de me morfondre trop longtemps… c’était dimanche matin (une semaine avant l’annonce de fermeture des visites), et un couple arrivait effondrés. Leur fils de 17 ans s’était planté en voiture en sortant de boîte.

2 Responses to “Chroniques de salle d’attente (2)”

  1. Sophie AVIRON

    Je kiffe.. pas le fond.. la forme.. encore.. et une belle issue bien entendu

  2. Nanou

    On suit ça comme un feuilleton triste mais qui redonne foi en l’humanité. Un peu comme toute cette histoire de virus et de confinement. A part les irréductibles cons, on découvre des gens bien. C’est juste dommage qu’il faille attendre de pareilles circonstances pour que ça sorte. Où en est ton papa aujourd’hui? Le mien est ce soir lui aussi seul à l(hôpital, transfusé hier après-midi et relié à une pompe à morphine… Tu pourrais m’en dire un ^peu plus (Messenger?) sur cette bactérie que tu évoques dans le premier “épisode”? Je me sens concernée, je te dirai pourquoi. Courage, courage, et plein de bises?
    P.S: et puis tiens, hier je checke l’Instagram d’une des filles de Sting (elle vit à Vancouver!) qui dit qu’elle aimerait être plus proche de ses parents en ce moment, parce que “Daddio” se remet mal de son épaule cassée. Je lui dis que je comprends, raconte un peu mon Daddio, et elle me répond par plein de good and fast healing wishes et promet de transmettre les miens à Sting! C’est cool ça non?

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