Tribulations d'une Lyonnaise au Canada

Nos jours … en salle d’attente de la réanimation (1)

Et oui, il y a eu tellement de jours que je suis obligée d’en faire plusieurs posts. J’ai repensé à nos jours en salle d’attente de réa hier soir, avec un brin de nostalgie, pas autant pour l’état de détresse, de fatigue et d’angoisse qui nous serrait le ventre 24/7, mais parce que c’était encore une ”époque” où nous pouvions passer l’après-midi à l’hôpital, où notre vie avait un rythme, où nous pouvions ”socialiser” (avec les autres familles).

Les vies des 4 femmes de ma famille (ma mère, ma soeur, ma tante et moi) se sont un mercredi après-midi synchronisées. Ma soeur et moi rentrions à peine du Sénégal, ma soeur ayant repris son boulot, sa routine, moi me morfondant car au contraire, j’avais perdu toutes mes routines et mes repères en déménageant, ma tante naviguant entre ses activités culturelles et le ski, ma mère passant ses journées à la montagne avec au programme lecture, promenades, cafés avec les copines pendant que mon père skiait, sa passion.

Nos vies se sont donc alors synchronisées avec celles d’autres familles. Nos vies se sont soudain organisées autour d’un seul événement : 12h, départ pour l’hôpital, 13h30-17h45, visites et attente. 19h, retour à la maison. Repeat.

Parce que, quand tu débarques en salle d’attente de réa chirurgicale, tu te rends compte que si la veille, toi, tu menais une vie normale, d’autres passaient déjà leurs journées à être au chevet d’un mari, un papa, une femme, une maman (en général dans le coma).

Quand nous sommes arrivées le jeudi à 13h pétantes pour les visites, nous avons découvert cette petite salle, les murs jaunes, les affiches à moitié arrachées au mur, des flacons de gel hydro-alcoolique (il m’aura fallu une pandémie pour connaitre le mot en français, puisque jusqu’à 3 semaines plus tôt, j’appelais ça ”Purrell” et personne ne me comprenait). Des flacons de gel qui commencèrent à disparaître sur les tables et dans le couloir, moi pensant naïvement que l’équipe de nettoyage ne les remplaçait pas (ce qui pouvait être possible vu que tous les week-ends, systématiquement, les bouteilles de savon dans les toilettes se vidaient sans être remplacées). Jusqu’à ce qu’on réalise que plus probablement, des gens les volaient au fur et à mesure que la menace du Covid-19 se rapprochait de cette bulle de la réa.

Cette salle d’attente fut notre ”bulle” de vie pendant presque 3 semaines. Quand nous sommes arrivées le premier jour, le ventre vide, les yeux bouffis, nous étions les petits derniers. Il y avait déjà d’autres familles, qui avaient pris leurs marques, qui avaient moins pleuré ce jour-là, qui survivaient et comprenaient déjà le fonctionnement du service, qui avaient déjà vu leur proche après l’accident.

À côté de nous, cette famille lyonnaise. Le papa avait eu un accident de ski 5 jours avant le nôtre, mais m’était pas encore réveillé ni ne pouvait respirer seul, ses poumons ayant pris la plupart du choc à la chute. Les enfants, une vingtaine d’années, adorables, pleins d’empathie, la copine du papa, le visage fermé de celle qui se demande encore ce qui vient de lui tomber dessus, les parents, effondrés. Alors le lien s’est tissé. La fille prenant à coeur de se montrer rassurante : ”Nous aussi notre papa a eu une bactérie, apparement ça finit toujours par arriver dans ces services et le côté ”invasif” des soins et machines”, ”Nous aussi, il était dans le coma…”, ”Ménagez-vous, nous venions tous les jours au début, mais c’est épuisant et ça va durer”…. Alors on s’est un peu raccrochées à ça, rassurées par ces autres histoires (plus que par les médecins qui, eux, ne se prononcent pas à moins d’être surs à 150%, ce qui n’arrive pas souvent dans des traumatismes crâniens finalement).
Quand leur papa s’est réveillé du coma une semaine après son accident, on s’est mises à y croire aussi. Quand il a commencé à communiquer, à se rappeler l’accident… On a finalement compris que, pour nous, ce serait pas pareil. Et puis leurs visages ont commencé à s’illuminer à chacune des visites, les sourires et les rires à reprendre leur place dans leur vie.

Jusqu’au jour où j’étais seule dans la salle d’attente et ai vu la maman venir avec des chocolats et des brioches pour remercier l’équipe soignante, son fils venant d’être transféré dans un autre service. Là j’ai vraiment compris que la petite famille lyonnaise ne viendrait plus dans cette salle d’attente moche. Contente pour eux. Je me suis dit que nous aussi, un jour, on apporterait des chocolats à l’équipe pour les remercier (et c’était bien avant qu’un jour, l’infirmière nous dise que les visites étaient dès ce jour interdites).

Et puis de toute façon, la salle devenait trop petite pour toutes les familles de ce mois de février pré-pandémie. Il y avait les Tunisiens de Romans, le monsieur tout seul, et puis plus tard encore le docteur anglais, la famille de pompiers…

4 Responses to “Nos jours … en salle d’attente de la réanimation (1)”

  1. Nadia Maloug

    Bonjour Stéphanie, je vous lis depuis 10 ans maintenant. Je souhaite courage à votre papa, j’espère qu’il se remettra bientôt de cet accident, et bon courage à vous et à votre famille. Nadia

    • hellostephanie

      Un grand merci Nadia, c’est vraiment gentil. Bon courage en cette période !

  2. Sophie AVIRON

    J adore.. pas l idée de la salle d’attente moche.. mais que tu la couche ainsi sur l papier ! Inch allah..

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